Amener le cinéma français au-delà du périphérique parisien

19 mai 2018
Le mai 68 du cinéma
Affiche Le mai 68 du cinéma CNC
Les Etats généraux du cinéma adoptent le 5 juin 1968 une motion proclamant leur objectif de « faire de la vie culturelle, et donc du cinéma, essentiel à la vie de la nation, un service public ». Le texte décline le programme des Etats généraux en grands principes, qui se veulent fondateurs et traversent l’ensemble des projets de réformes nés de trois semaines de débats. Parmi ceux-ci, la volonté de décentraliser le cinéma occupe une place de choix et trouvera un écho au cours des deux décennies suivantes.

Démocratiser la pratique du cinéma en France

Pour nombre de professionnels présents et actifs durant les États généraux du cinéma en 1968, la reconstruction du 7eme Art hexagonal passe par sa décentralisation. Ce principe phare, transversal, émerge des 19 projets élaborés puis présentés le 28 mai à Suresnes par les différents groupes de travail. L’ambition de ce mouvement de décentralisation ? Aider à démocratiser la pratique du cinéma en France, en permettant à chacun de s’exprimer par ce biais, au moyen de nouvelles structures de production, moins « parisiennes ».

Ces « unités de production », défendues par le Projet n°12 porté par le réalisateur Paul Vecchiali, doivent devenir le dispositif essentiel de ce service public que le Projet n°16 de Louis Malle appelle donc à se substituer au « guichet » de la simple subvention. A l’instar des « groupes de création » dont la Déclaration des Droits du Cinéma, proclamée le 26 mai 1968 à Suresnes, avait déjà fait sa pierre angulaire, cette notion d’unités de production annonce le principe des « Ateliers et centres régionaux de production » dont en 1982, les lois sur la décentralisation permettent la création.

Au nombre de sept, ces ateliers vont donner à la démocratisation réclamée quinze ans auparavant par les États généraux du cinéma une réalité ancrée dans les territoires. Ainsi l’Atelier régional cinématographique Bretagne, le Centre régional de création cinématographique en Ile-de-France « Périphérie » à Bobigny, la « Maison du cinéma et de l’audiovisuel » en Rhône-Alpes, les  » Productions Cercle Bleu » dans le Nord-Pas-de-Calais, les Ateliers cinématographiques Sirventes en Midi-Pyrénées, « La Fabrique » en Languedoc-Roussillon, et le Centre d’action culturelle de Montbéliard dans le Doubs contribuent-ils à façonner les rapports entre cinéma et régions, toujours plus féconds au fil des décennies.


Esprit de décloisonnement

Si les lois sur la décentralisation signent la volonté des pouvoirs publics de la favoriser, l’activité de production cinématographique en région avait toutefois commencé avant 1982, dans l’esprit de décloisonnement et le désir d’une plus grande liberté qui marquent l’après Mai 68. Citons par exemple le Groupe des cinéastes indépendants, structure de production toulousaine animée par des cinéastes tels que Raimond Cazaux ou Pierre Breinan, ou la moins connue ICFP – Information Communication Film Production, fondée en 1975 par le cinéaste François de Chavanes à Montigny-les-Arsures pour assurer la production de son film La Comédie du train des pignes, qui mêle témoignages de cheminots et employés de la SNCF, mais aussi de paysans, bergers et autres habitants de l’arrière-pays provençal, tous viscéralement attachés à la ligne secondaire de chemin de fer reliant Digne à Nice au moyen d’une vénérable Micheline.

Par ailleurs, en 1976, le réalisateur René Allio met en place le Centre Méditerranéen de Création Cinématographique à Marseille, avec un appui de la Région et de l’Etat, pour défendre un espace de création culturel méditerranéen. Pour autant, l’idée d’Allio était de produire des films « en région », pas uniquement des films régionaux, avec des aides nationales, et même d’envisager leur circulation internationale. Il faut également évoquer l’Unité de production cinématographique Bretagne (UPCB), fondée en 1970 par René Vautier dans la perspective de « filmer au pays ».

Enfin, bien que basées en région parisienne, deux initiatives auront un impact important sur la production en région : Unité trois de Guy Cavagnac en 1970, et Diagonale en 1976 qui fut une structure libre et atypique. Fondée par Paul Vecchiali, ce fut une coopérative de compagnons réunis pour produire des films singuliers en participation, faisant perdurer l’esprit des Etats généraux de 1968.