Chronologie des événements de Mai 1968

14 mai 2018
Mai 68 : le cinéma s'insurge
Le cinéma s'insurge BNF

L’Affaire Langlois

  • • 9 février : André Malraux, ministre des Affaires culturelles, reproche à Henri Langlois, co-fondateur historique de la Cinémathèque, sa mauvaise gestion administrative et financière. Il le limoge de son poste à la direction administrative et le fait remplacer par Pierre Barbin, alors directeur des festivals de Tours et d’Annecy. De vives protestations se font entendre parmi des personnalités du cinéma françaises et étrangères.
  • 16 février : un comité de la défense de la Cinémathèque est créé en soutien à Henri Langlois. Parmi ses membres, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette. Une manifestation en faveur d’Henri Langlois, à laquelle Daniel Cohn-Bendit participe, est organisée au siège de la Cinémathèque.
  • 25 février : François Mitterrand qualifie l’éviction de Langlois de choquante à l’Assemblée nationale.
  • 22 avril : sous les diverses pressions, André Malraux réintègre Henri Langlois, qui voit ses fonctions de directeur confirmées. L’assemblée générale affranchit la Cinémathèque française de la tutelle de l’Etat tout en diminuant de façon drastique ses subventions.
  • Avril 1968 : suite à l’affaire Langlois, le site de Bois d’Arcy repasse sous le contrôle de l’État.

 


Les États généraux du cinéma français

  • 16 mai: les élèves de l’IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques) se mettent en grève et décident l’occupation de L’École en soutien aux étudiants du Quartier Latin.
  • 17 mai: le syndicat des techniciens du film (C.G.T) s’associe au « Comité d’action révolutionnaire cinéma-télévision » (initié par Les Cahiers du cinéma) pour appeler à une grève illimitée du secteur de l’audiovisuel. Le soir même se créent les États Généraux du cinéma français, rue de Vaugirard, où se déroule une assemblée de techniciens et des élèves de l’Ecole des hautes études cinématographiques (Louis-Lumière). La rédaction des  Cahiers du cinéma y participe pour réfléchir à une nouvelle façon de réaliser, de produire et de distribuer des films. Souhaitant s’affranchir des anciennes structures, l’assemblée décide sur le champ l’abolition du CNC et de ses privilèges.
  • 17-27 mai: l’idée d’incendier le CNC est émise à plusieurs reprises lors des débats, mais ne sera jamais mise en application.
  • 28 mai : présentation de nuit des 19 projets élaborés durant les débats des jours précédents, au Centre culturel de l’Ouest parisien à Suresnes.
  • 5 juin : affectés par la fin des négociations entre les organisations syndicales et patronales de la filière cinématographique, les états généraux (qui n’ont pas adopté leur projet de synthèse), entérinent la fin du mouvement.
  • Décembre : l’association dépositaire des États généraux dépose le manifeste « Le cinéma au service de la révolution ».


Le Festival de Cannes

• 10 mai : début du festival tandis qu’à Paris, La Sorbonne est occupée par les étudiants. Projection du film Autant en emporte le vent de Victor Flemming.
• 11-16 mai : les évènements de Paris divisent progressivement producteurs et réalisateurs. L’association française de la Critique demande aux participants du festival de rejoindre la manifestation de soutien aux étudiants gréviste prévue le 13 mai.
• 17 mai : depuis Paris, les états généraux du cinéma demandent l’arrêt du festival.
Partisan de son arrêt anticipé, Claude Lelouch est désigné pour s’entretenir avec le délégué général du festival, Robert Favre Le Bret, qui rejette l’idée de clore l’édition.
• 18 mai : un débat sur l’affaire Langlois est organisé à Cannes. Godard y défend l’interruption du festival pour marquer la solidarité du cinéma avec les mouvements étudiants. Lors de la projection du film Peppermint frappé de Carlos Saura, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Berri et d’autres contestataires montent sur scène pour empêcher la séance avec le soutien actif du réalisateur Carlos Saura. Le film est tout de même projeté et le débat qui s’en suit tourne à la bagarre. Par la suite, plusieurs cinéastes décident de retirer leur film de la compétition et des membres du jury démissionnent en soutien à la contestation.
• 19 mai : dans un communiqué, Robert Favre Le Bret annonce le vote « à l’unanimité » par le conseil d’administration de la clôture du festival, cinq jours avant son terme initial. Aucun prix n’est remis. Par la suite, André Holleaux, directeur général du CNC (depuis 1965), s’excusera de cet arrêt auprès des délégations étrangères, au nom du cinéma français.


Filmographie sur mai 68

Les films d’avant 68
• Le premier mai à Saint-Nazaire de Marcel Trillat (1967)
• A bientôt, j’espère de Chris Marker (1967)
• La chinoise de Jean-Luc Godard (1967)
• Berlin 68-Rudi Dutschke de Michel Andrieu (1968)
• La glu d’Edouard Hayem (1968)
• Cléon d’Alain Laguarda (1968)

Les films sur mai 68
• Nantes Sud Aviation de Michel Andrieu (1968)
• Actua 1 de Philippe Garrel (1968)
• Grands soirs et petits matins de William Klein (1968)
• Oser lutter, oser vaincre de Jean-Pierre Thorn (1968)
• La reprise du travail aux usines Wonder de Jacques Willemont (1968)
• Classe de lutte de Groupe Medevekine (1969)

Les films de l’après mai 68
• Coup sur coup de Marin Karmitz (1972)
• L’an 01 de Jacques Doillon (1973)
• Avec le sang des autres de Bruno Muel (1974)
• L’horloger de Saint-Paul de Bertrand Tavernier (1974)
• L’une chante, l’autre pas d’Agnès Varda (1976)
• Le fond de l’air est rouge de Chris Marker (1977)
• Le dos au mur de Jean-Pierre Thorn (1980)
• Mourir à trente ans de Romain Goupil (1982)
• Reprise d’Herve Le Roux (1996)
• Innocents de Bernardo Bertolucci (2003)
• Les amants réguliers de Philippe Garrel (2005)
• Nés en 68 d’Olivier Ducastel & Jacques Martineau (2009)
• Après mai d’Olivier Assayas (2012)
• La belle saison de Catherine Corsini (2015)