Démocratiser le cinéma en l’enseignant

18 mai 2018
Université de Vincennes DR
L’enseignement du cinéma, essentiel pour rendre cet art compréhensible et accessible au plus grand nombre, figurait au cœur des réflexions des États généraux. Il trouva, dans les années qui suivirent 1968, sa place au sein de l’université et de divers projets.

Remettre les professionnels au cœur du dispositif d’apprentissage

Les Etats généraux du cinéma de mai et juin 1968 ont embrassé la vie du cinéma dans son ensemble et la formation des jeunes professionnels, comme celle des spectateurs, ne fut pas oubliée. 9 des 19 projets émanant des groupes de réflexion mis en place au sein de ces instances se penchèrent sur le sujet de l’enseignement du cinéma et formulèrent des préconisations variées, documentées, originales ou utopistes. Mais toutes parlent d’une formation certes au 7eme art mais surtout à l’audio-visuel, rehaussant la fabrique de la télévision à la hauteur de celle du cinéma. Les temps sont à l’abolition des hiérarchies.
Le diagnostic est posé d’un enseignement jusque-là inapproprié du fait même de l’absence d’implication des professionnels dans celui-ci. Afin de les remettre au cœur du dispositif d’apprentissage, les projets 9, rapporté par Georges Rouquier, 13, défendu par Pierre Lhomme et 14, défendu par Jean-André Fieschi, envisagent par exemple une fusion des deux écoles, l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec) et Ecole de Vaugirard, pour une « Ecole commune ».
Mais d’autres voies de formation sont envisagées, adaptées à l’évolution rapide des techniques et de l’art cinématographique. Des ateliers en région animés par des professionnels locaux permettraient ainsi de répondre à cette attente des jeunes en quête d’apprentissage. Il sera ainsi plus facile de « s’initier au cinéma, tant en ce qui concerne la lecture des films que leur fabrication ».


Une branche cinéma à Vincennes

L’ouverture de la nouvelle université de Vincennes à l’automne 1968, sur décision d’Edgar Faure, ministre de l’Education nationale, est l’occasion d’innover et d’inscrire le cinéma au sein de l’institution universitaire. Contrairement aux autres établissements d’enseignement supérieur, le Centre universitaire expérimental de Vincennes est ouvert aux diplômés ou non, travailleurs, étrangers ou personnes en reprise d’études – et notamment des femmes – grâce à une crèche qui accueille leurs jeunes enfants.
La section cinéma, dont Marie-Claire Ropars prend la responsabilité, est une autre de ces expérimentations qui font l’exemplarité du lieu. L’originalité de cet enseignement pionnier est qu’il mêle à la fois théorie, critique et pratique. Jean-Louis Boissier, Jean-Paul Fargier, Gérard Leblanc font découvrir aux étudiants le cinéma de Dziga Vertov mais aussi la réalisation.
Plusieurs films témoignent encore de cette aventure : « Attention aux provocateurs » réalisé sous la conduite de Serge Le Péron en 1972 et « La grève des lads » de Claude Bailblé. Les films sont tournés en 16 mm mais aussi en vidéo, l’université s’étant équipée d’un studio vidéo professionnel puis, en 1973, d’un deuxième studio « léger » permettant une utilisation plus facile des outils par les étudiants et les enseignants.
L’Unité de Valeur (UV) expérimentale « Langue et vidéo, création collective » d’Annie Couëdel développe une nouvelle pédagogie qui implique les étudiants comme acteurs à part entière dans le jeu institutionnel, une pédagogie où la vidéo avait une place de choix. Mais celle-ci était utilisée par beaucoup d’autres départements que celui des Arts, enregistrant les nombreuses conférences, visites comme celle de Dario Fau en 1974 et expériences qui se sont épanouies au Centre Universitaire (http://www.archives-video.univ-paris8.fr/sommaire.php.)


Inciter à la création artistique

Au cours des années 1970, d’autres universités s’ouvrent au cinéma comme à Nancy, à Paris ou à l’Université de Provence à Aix, au sein de l’UER (Unité d’enseignement et de recherche) « Arts, lettres, expression » où l’on enseigne la « connaissance du cinéma », « l’animation cinématographique » et « la télévision ». Les étudiants sont de futurs enseignants désireux de comprendre et d’utiliser les moyens de communication contemporains, les futurs animateurs culturels, ceux qui envisagent des carrières ayant à voir avec les mass media.
Pour poursuivre les réflexions ouvertes par les Etats généraux du cinéma, André Astoux, directeur général du CNC à partir de 1969, rassemble autour de lui Pierre Moinot, Jean Lescure, Jacques Doniol-Valcroze et Pierre Billard de septembre 1972 à juin 1973 afin de poser les bases d’une politique culturelle du cinéma. Au programme, l’incitation à la création artistique, l’encouragement à la diffusion, la conservation du patrimoine cinématographique et l’éducation du spectateur. Il s’agit en la matière de rendre l’œuvre accessible au plus grand nombre possible de spectateurs, à ce grand public, sans la participation duquel le cinéma cesse d’être l’art populaire par excellence qu’il a été à ses débuts.
Les moyens de ce programme sont un enseignement cinématographique par une sensibilisation des jeunes (qui préfigurent le grand public), à l’audio-visuel à la fois technique et mode d’expression au sein des universités, mais aussi les cinémas d’art et d’essais, des ciné-clubs, des maisons de la culture, les maisons des jeunes, les centres culturels, les diverses associations de culture cinématographique, qui constituent en quelque sorte « l’école du soir du spectateur de cinéma». Ce projet, nourri de quelques-uns des projets des Etats généraux du cinéma, est un jalon vers la politique d’éducation à l’image proposée par de Jack Lang dans les années 1980.