Julia Ducournau : « L’avenir du cinéma en France ne pourra pas se départir d’un travail de fond sur la notion de « genres », au pluriel »

17 mai 2018
Julia Ducournau Jean-Baptiste Le Mercier - Unifrance droits réservés
Pour la réalisatrice de « Grave », présidente du jury en charge de l'appel à projets du CNC en faveur de la production de films de genre, le cinéma de demain doit être construit autour des principes de parité et de diversité.

Objectif de parité

« À tous les niveaux, je pense que l’avenir du cinéma en France ne pourra pas se départir d’un travail de fond sur la notion de « genres », au pluriel. L’objectif de parité de représentation des sexes dans l’industrie, sans nécessairement passer par un système de quotas artistiques à la sélection, mais en créant des comités décisionnaires paritaires à toutes les étapes, me paraît être une obligation si l’on veut œuvrer dans le sens du progrès et d’une juste représentation de notre société sur les écrans. Espérons qu’un jour la figure de la « femme-réalisatrice », comme on le dit aujourd’hui sans craindre la redondance, soit devenue si banale que l’intérêt porté à son genre se déplace sur ce qui importe vraiment : son œuvre. »


Décloisonner le cinéma de genre

« Parallèlement, le décloisonnement du cinéma de genre au sein de notre paysage, et plus généralement la nécessité d’introduire davantage de diversité dans l’expérience que l’on propose au spectateur, me semblent être des conditions sine qua non à la santé de notre industrie. Cela implique de se distancier enfin de la dichotomie films d’auteur/films de genre, très spécifique à la France. Un auteur est une personne qui a une vision, qui sait l’exprimer dans son art, quelle qu’en soit la grammaire. Le « genre » – l’horreur, le fantastique… – est une grammaire au même titre que le drame ou la comédie. À la question de la diversité s’adjoint celle du mélange, de la porosité des genres entre eux. Je crois à un cinéma non-binaire et fluide, dans ses genres, ses formes, ses personnages et ses points de vue. Et à l’importance de ne plus jauger la valeur potentielle d’un film sur l’étiquette que l’on peut, ou pas, lui coller. »


Le changement est une nécessité

« Pour rebondir sur la question « Jusqu’à quel point changer les choses ? », il n’y a, pour moi, pas de « point limite » pour changer les choses. Le changement, la métamorphose permanente, c’est le mouvement du monde, de l’espèce. L’art, pour les questionner, se doit de muter à l’infini. Le changement est une nécessité dans l’art, et la condition de son évolution. »